Démarche artistique

 

« Matière et manière, une femme est là, entière en son art, à nous rappeler qu’il s’agit, au sens pictural, musical aussi, d’accord… et l’on verra ce que la plasticienne de ce regard a de neuf à nous conter sur nous-mêmes, sans rien vouloir nous imposer du sens, nous laissant libres d’arpenter la route, l’aventure, qu’elle déroule devant nos yeux surpris, aiguisés à leur guise. »  Pierre Grouix dans « La Chancellerie « 

La spécificité de ma démarche se situe autant dans la nature du médium que j’emploie depuis une vingtaine d’année que dans la manière singulière dont je l’ouvrage pour faire mes  Œuvres.
Ma pratique se caractérise par l’utilisation d’une matière organique que je produis puis récolte quotidiennement avant sa chute naturelle sur le sol.
Mes cheveux perdent ainsi leur futur statut de déchets. Triés & conservés, ils sont ensuite mis en forme de différentes façons.
Ces particules capillaires peuvent être fixées sur du papier en d’énigmatiques signes, crochetées en de fragiles réseaux, amassées & assemblées en sculptures mouvantes, nouées & cousues sur des toiles ou brodées sur de la tarlatane.
Si elles portent toujours la mémoire physique et psychologique du corps auquel elles étaient reliées et en évoquent la présence, elles sont cependant détournées et métamorphosées par le faire artistique.
Matière à faire mais aussi matière à penser, le Fil capillaire se déroule en une réflexion sur le temps, la perte et la mort de l’être. Mon travail s’organise autour du chiffre trois et de ses multiples. Je joue avec la répétition du geste, la tension du matériau et les couleurs noire et rouge, créant ainsi des variations qui structurent mes œuvres en séries.

Pas de croquis, pas d’esquisse, pour chaque œuvre je pars à l’aventure. Le matériau est interrogé, manipulé, confronté avec d’autres. peu à peu le chemin se dessine, la voie s’ouvre et je poursuis ma quête, sans savoir ce que je cherche exactement.
Je ne connais pas la destination, ni les étapes, mais j’avance. Parfois des accidents se produisent, des doutes se manifestent. Le travail s’élabore lentement, avec précaution, le cheveu est tellement fragile.
Dans la répétition du geste il me faut trouver la bonne composition, le juste équilibre entre les différents éléments qui composent la pièce. Le parcours se poursuit, l’œuvre prend forme, le tempo est trouvé jusqu’au moment où le point final s’impose.
Le voyage dans la création est terminé, il a été dépaysant, parfois déconcertant mais toujours captivant.
Je propose au public de le partager et de le poursuivre dans la réception des œuvres que je présente à son regard lors de mes expositions

Un Dictionnaire amoureux des cheveux est élaboré au fil du temps.
Des installations comportant plusieurs centaines de mèches proposent aux spectateurs des échanges ou des dons de cheveux. Une Trikhothèque d’un millier de pièces s’est constituée.
Des performances trikhographiques ont eu lieu chaque année en différents lieux pendant douze ans. Elles témoignent du passage du temps.

 JGL/ADAGP-Tous droits réservés