Don

L’oblation de la chevelure est  pratiquée depuis l’antiquité & perdure encore aujourd’hui.
Actuellement la plus connue est celle qui s’effectue au temple Tirumala Tirupati  dans l’état d’Andrha Pradesh, en Inde. Des milliers de pèlerins s’y rendent chaque jour pour prier  Venkateshvara, dieu de la richesse, l’une des formes de  Vishnou. Ils  y font un vœu ou y retournent pour remercier quand le vœu  a été exaucé. Accompagnés de leur famille, parfois par villages entiers, ils viennent de toute l’Inde pour accomplir ces démarches votives. Le rite consiste à offrir sa chevelure au dieu, en se faisant raser entièrement la tête. Ce geste d’humilité s’accompagne d’offrandes telles que  pierres précieuses, statues en or ou billets selon ses moyens. Le rasage s’effectue 24h sur 24, par des centaines de barbiers qui officient à la chaîne dans un bâtiment de quatre étages. Après avoir payé une taxe pour franchir l’enceinte du temple, chaque pèlerin reçoit un ticket numéroté, puis il est appelé par un barbier qui le rase gratuitement.  Ce dernier utilise un rasoir coupe choux sur les cheveux simplement  mouillés. Il les fait tomber au sol, avec la barbe & la moustache pour les hommes. Tous les poils de la tête, dans un silence que seuls les pleurs des bébés troublent, sont sacrifiés au dieu. Chacun sort ensuite en se touchant le crâne, pour faire une offrande à l’extérieur du temple, briser une noix de coco sur les marches et enfin voir la statue noire et rouge de Vishnou à l’intérieur.
Ce rite est une marque de dévotion au dieu. Le sacrifice de la chevelure, surtout chez les femmes indiennes qui y apportent beaucoup de soin, est un geste qui manifeste la force de sa foi. Il rejoint celui qu’accomplissent le moine & la nonne dans le christianisme, le bikku & la bikkuni dans le bouddhisme. Geste d’humilité & de renoncement à la vie laïque, il représente, avec l’habit, le signe distinctif d’une appartenance à la communauté monastique. Il en diffère par son caractère exceptionnel. Alors que le religieux va répéter ce geste de rasage tout au long de sa vie, le pèlerin ne le fait qu’une fois.
Ce don de cheveux n’a pas de but utilitaire, même si ensuite le temple vend ces tonnes de cheveux aux usines qui les transforment en perruques , tresses ou extensions. Il peut au mieux remercier le dieu qui a exaucé le vœux qui lui était adressé, comme la reine Bérénice qui a offert sa chevelure à Aphrodite au retour victorieux du roi Plolémée Evergète.
Il était d’usage, dans l’Egypte pharaonique, d’offrir sa première chevelure à un fleuve ou une rivière. En  grèce, l’oblation de la chevelure, totale ou partielle, correspondait à un passage d’âge. Les jeunes éphèbes coupaient leurs cheveux & les consacraient à Apollon. Les Lacédémoniennes de Sparte, se rasaient le crâne le jour de leur mariage & en offraient les mèches à Artémis. En Argolide, à Trézène, les très jeunes filles coupaient une de leurs longues boucles & la portaient au temple d’Hippolyte. Cela signifiait l’abandon de la vie sauvage pour le monde cultivé, le passage brusque de l’enfance au mariage.
La chevelure sacrifiée par les nonnes lors de la prise de voile est restituée, attachée à la ceinture, avec leur dépouille aux moments des funérailles. Partie détachable du corps, bien précieux parce qu’attribut identifiable & unique d’un individu, la chevelure a été & reste une offrande appréciée des religions polythéistes & monothéistes.