Fil

Entre cheveu & fil le rapport est d’ordre autant métaphorique que métonimique, comme il l’est avec le mot sutra qui en sanscrit signifie « fil ».

Sutra désigne soit les écrits considérés tels les « fils de la pensée » ou « la trame des idées », soit les livres qui les consignent en tant que « fils maintenant les pages ensemble ».

Le cheveu est le fil matériel qui est tissé ou brodé, mais il est aussi « le fil du temps », celui du vécu individuel & celui de la vie en général.

Trikhotages de cheveux noirs

JGL : La chevelure de Bérénice

Sutra symbolise le lien qui relie ce monde à l’autre monde & tous les êtres. Le fil est à la fois le Soi & le Souffle. Dans le taoïsme le souffle est associé au va-et-vient de la navette sur le métier à tisser. Image qui représente l’union du yin & du yang, l’équilibre entre le jour & la nuit comme l’équinoxe symbolisée par la rencontre céleste de le Tisserande & du Bouvier dans la mythologie chinoise.

Sur le plan cosmique, en Inde le tissage est l’entrecroisement de la chaîne (mondes) & de la trame (temps) appelé « cheveux de Shiva ». Ce tissage de l’univers se déploie dans toutes les directions de l’espace.

En Grèce antique, seule la trame est filée par les Moires. Son fil symbolise la destinée temporelle.
Clotho, la fileuse, dévide le fil. Lachésis, la répartrice, enroule le fil. Atropos, l’implacable, le coupe.
Les Moires étaient honorées comme déesses de la naissance. Les jeunes mariées athéniennes leur donnaient leurs boucles de cheveux en offrande.

Le fil d’Ariane, quant à lui, se lit comme l’agent de rattachement du retour à la lumière. Ariane qui a l’épithète καλλιπλόκαμος, qui signifie « aux belles boucles » a permit à Thésée de sortir du labyrinthe grâce à ce fil.

Le fil de la destiné se retrouve en Extrême-Orient dans le rite de mariage de la torsion entre les doigts  de deux fils de soie rouge. Les fils de la destinée de chacun des époux deviennent par ce geste un seul fil.
Une variante en Asie du Sud-Est consiste à nouer aux poignets des époux un même fil de coton blanc, celui de leur destinée commune.

En Afrique, tisserands & brodeuses sont considérés comme des personnages investis d’un réel pouvoir : chaque fil tissé, chaque dessin brodé les engage dans des relations qui définissent leur place dans l’univers.
Amadou Hamphaté Bâ écrit que le tisserand Peul avant de commencer à tisser dialogue avec son métier & que la navette lui dit :
« Je suis la barque du Destin.
Je passe entre les récifs des fils de chaîne
qui représentent la Vie.
La vie est un perpétuel va-et-vient
un don permanent de soi. »
dans « La tradition vivante », in « Histoire générale de l’Afrique », Paris 1980.