Coiffes & coiffures

 

JGL :Transition I

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L’exposition « Voyage dans ma tête » qui a présenté la collection de coiffes ethniques d’Antoine de Galbert à la Maison rouge à Paris, débute par « Au commencement est le cheveu. »
Elle met ainsi en évidence qu’avant la coiffe, la coiffure en tant qu’agencement capillaire est & a toujours été une nécessaire mise en forme de la partie du corps la plus remarquable.

La tête, sommet de la personne, la plus proche du ciel, son chef, est considérée comme l’habitacle de l’âme, cette part de nous qui selon les croyances rejoint le monde des ancêtres ou des dieux.

Les cheveux qui la recouvrent peuvent alors manifester par leur absence le renoncement au monde, comme pour les moines & les nonnes ou bien montrer par leur longueur & leur vitalité la capacité reproductrice & la vigueur de celui ou celle qui les arbore.
Dans de nombreuses sociétés le fait de les couper était sacrilège.
En Inde, les cheveux de Shiva tissent la trame de l’univers dans toutes les directions. Dans le mythe de Scylla, la vie & le pouvoir ont à faire avec le cheveu.

L’énergie des cheveux trouve tout naturellement son expression dans la confection des coiffures les plus variées. Chacune indique le statut social ou culturel & témoigne de l’identité  de la personne qui la porte. Chaque société y inscrit un  symbolisme déchiffrable par tous ses membres. On y reconnaît l’aristocrate, le prêtre ou le paysan.

Dans le Japon ancien, le port des cheveux longs & dénoués était réservé aux femmes de la cour. Les paysannes se devaient de les ramener sur la nuque & de les retenir par une étoffe chiffonnée.

Dans chaque culture, les femmes & les hommes ont une relation privilégiée avec leur chevelure. Auréolant la partie de leur corps la plus proche du ciel, les cheveux sont dotés de pouvoirs, de vertus ou de tabous. La façon de les entretenir & de les ordonner est liée à l’âge, la position au sein du groupe, le prestige personnel.

Chaque coiffure correspond à un code social précis, à une fonction hiérarchisée ou à un moment du cycle de la vie. Cette identification se combine à une recherche esthétique et fournit un panel considérable d’inventivité capillaire.

De la coiffure à la coiffe il n’y a que deux lettres à retrancher.

Véritables métaphores visuelles, les coiffes racontent elles aussi les différentes étapes de la vie, naissance, puberté, mariage & deuil.
Elles indiquent le rang, l’appartenance tribale & la fortune de celle ou celui qui la porte. Leur palette de couleurs & de matériaux est immense tout comme leur vocabulaire décoratif.

Minimalistes ou exubérantes, d’une grande pureté de forme ou multipliant les inventions plastiques, les coiffes témoignent d’un art du beau commun à tous les êtres humains.

Le chapeau de prêtre Yao est entièrement tissé en cheveux.
La coiffe de femme Touareg est une broderie sculpturale de cheveux sur fil de fer alors que la coiffe de femme Karen entrelace cheveux & lamelles d’aluminium gravé.
Celle des Daï  se présente comme une calotte de cheveux recouverte de capsules en métal tandis que la coiffure de femme Qing Miao, qui se transmet de mère en fille est faite des cheveux patiemment récoltés tout au long de la vie, recouverts de laine noire & blanche & maintenus par des cornes de buffle.
La coiffe de femme mariée isicholo Zulu est un large chapeau de cheveux, de fibres & de pigments rouges mêlés. Elle dérive d’une coiffure de cheveux tressés avec de la graisse & de l’ocre qui avait la forme d’un tronc de cône renversé portée jusqu’au début du XX ème siècle.

Coiffe Isicholo zulu

Coiffe Isicholo zulu

Le paradoxe est que les coiffes africaines qui ressemblent le plus à des coiffures de cheveux sont réalisées avec des fibres végétales comme les coiffes Tshokwe, Pende, kapsiki ou le bonnet Fali.