Ophélie


Ophélie, après Marie-Madeleine, est une autre figure féminine dont la chevelure est magnifiée dans l’abondante iconographie qui lui est consacrée.

JGL : MélancOphélie
JGL : MélancOphélie

La première image d’Ophélie date des années 1740, lors d’une réédition de la tragédie de Shakspeare  « Hamlet ». Pendant le siècle qui a suivi, elle est montrée comme un personnage mineur faisant partie d’un groupe d’acteurs. C’est plus tard qu’elle devient source d’inspirationA la suite du poète Edgar Allan Poe pour qui  » la mort d’une belle jeune femme est sans aucun doute le sujet le plus poétique du monde « , Ophélie devient le sujet de représentation de prédilection des peintres romantiques, préraphaélites et symbolistes.
Représentée souvent au moment de sa mort par noyade, elle flotte sur l’eau, vêtue de clair, sa chevelure étalée parmi les fleurs.
« Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir »

écrit Arthur Rimbaud dans son poème éponyme.

La fascination exercée par Ophélie tient aux images archétypales qu’elle condense. Elle devient un mythe représentatif d’un certain idéal féminin, favorisant les fantasmes érotiques. Elle combine trois caractéristiques : la beauté, la jeunesse & la folie ainsi que trois images : la femme, l’eau & la mort.

Le traitement de sa chevelure y participe. Elle est toujours abondante, longue & libre. Ce dernier point est important car il la relie à Marie-Madeleine dont les cheveux non recouverts d’un voile, témoignent de son statut.
Bien que le personnage d’Ophélie soit celui d’une jeune fille pure dans le drame shakespearien, il se colore d’érotisme dans son iconographie. Cette connotation mêlée à celle de la folie mélancolique établira le succès du mythe.
L’ondulation est un autre aspect significatif de la chevelure ophélienne. Sa fluidité évoque l’élément liquide & la rêverie. Mêlés aux fleurs dont la cueillette cause sa mort, les cheveux sont animés du même mouvement que l’eau.
 » Les cheveux d’Ophélie envahissent l’eau grise/Tumulte inextricable où sa tête s’est prise ; / Est-ce le lin d’un champ, est-ce sa chevelure ?  » s’interroge Georges Rodenbach dans  » Bruges la morte. » 

Ainsi vie & mort sont entrelacées, Ophélie flottant sur l’onde semble suspendue entre deux mondes. Les paysages très travaillés dans lesquels elle est représentée, servent d’écrin à une mort qui devient une parure. Cet arrêt sur image de la beauté & de la jeunesse, dans un cadre naturel, esthétise & poétise sa mort.
Loin de la représentation réaliste d’une noyée, Ophélie est une dormeuse, alanguie, dont l’attitude ambiguë satisfait le spectateur.
Fille-fleur, effleurée mais jamais déflorée, elle affleure à la frontière de la féminité & reste suspendue dans  cet espace, figée dans une image édulcorée, définitivement belle, silencieuse & désirable.

L’abondante iconographie autour d’Ophélie illustre dans la mot, la fascination exercée par une chevelure libre, longue & ondoyante. Je l’ai interprétée dans l’installation « MélancOphélie ».