Peignes

peigne chinois archaïsant en jade

peigne chinois archaïsant en jade Photo de Joël Olliveaud

A partir d’une structure de base constituée de dents, les peignes furent façonnés dans une gamme de matériaux très divers & prirent des formes extrêmement variées. Leur rôle utilitaire ou décoratif, est parfois accompagné  d’une  riche symbolique dont le langage est complexe.
Au Japon, sa place sur la partie la plus haute de l’individu en fait un moyen de communication avec les puissances surnaturelles. Ses dents figureraient les rayons de la lumière céleste. Il est censé protéger des forces maléfiques comme l’illustre l’histoire d’Izanagi ¹, qui casse les dents de son peigne pour se sauver du démon qui le poursuit.
En Chine, lorsqu’il est en jade, le peigne favorise la relation avec le royaume des esprits et en facilite l’accès aux défunts. Cet objet utilisé pour les soins de la chevelure, est aussi ce qui fait tenir ensemble les cheveux. Il matérialise les composantes de l’individualité comme la force, la noblesse, l’élévation spirituelle.
Ceux de la dynastie des Shang (1600-1050 avant J-C) trouvés dans les tombes n’ont qu’une rangée de dents dont la découpe n’est généralement pas achevée. Réservés aux aristocrates, ils n’étaient pas utilitaires mais avaient plutôt un statut de talismans.
Le rôle ornemental dévolu aux peignes en Asie, explique la séparation des fonctions et l’existence de peignes à une seule rangée de dents depuis les périodes les plus anciennes. Le peigne à dents fines & serrées a cependant gardé sa nécessité jusqu’à nos jours.

peigne camerounais contemporain de bafoussan

peigne camerounais contemporain de Bafoussan

En Afrique chaque peigne est porteur d’un message spirituel et social qui témoigne de l’environnement dans lequel il a été fabriqué & de statut de son propriétaire. Tout comme les cheveux, son appropriation par autrui peut s’avérer néfaste, et sa perte est ressentie  négativement.
La mise en forme de la chevelure nécessite des heures, voire des jours de patience, mais fait preuve d’un savoir-faire dont la variété des résultats est impressionnante. Les sculpteurs africains ont reproduit ces modèles de coiffures.
L’exposition « Parures de têtes » au musée Dapper a témoigné de cette créativité capillaire. Les statuettes sont les témoins privilégiés d’un art en perpétuel renouvellement. Les peignes en bois ornés de dessins pyrogravés servent de démêloirs & parfois de parure pour les hommes. La décoration de ces objets réalisés en bois légers, fait appel à un répertoire où cohabitent motifs abstraits, figures humaines & animales³.
Avec les épingles, ils se transforment en véritables bijoux de cheveux lorsqu’ils sont recouverts de fines feuilles d’or comme chez les Asante du Ghana.
« La perte du peigne » par les esclaves noirs déracinés a entraîné leur dépréciation par les blancs & par eux-mêmes, selon Juliette Sméralda dans « Peau noire, cheveu crépu. L’histoire d’une aliénation ». Pour ces africains arrachés à leur terre natale, elle a été à l’origine d’une aliénation qui entraîna un regard négatif sur leurs cheveux et a aboutit à la pratique du défrisage.

Les peignes datés de l’ère Natoufienne (12500-9500 ans av J-C) sont les plus anciens connus. Ils étaient à double denture, fabriqués en os, en ivoire ou en bois. Des peignes en os  scandinaves sont datés de 8000 ans avant J.C. Des objets en bronze, à dents longues & dos cintré couverts d’ornements géométriques, servaient probablement à la parure du chignon. Ceux découverts dans les tombes de l’Egypte ancienne, ont 3500 ans. Le bouquetin agenouillé  est fréquemment représenté dans la décoration des peignes égyptiens. Les fouilles de sépultures grecques & romaines ont livré des objets destinés à la coiffure parmi le matériel de toilette déposé aux côtés des défunts.

L’exposition « Le Bain et le Miroir » présentée conjointement en 2009 par le musée de Cluny pour le Moyen-Age, et le musée d’Ecouen pour la Renaissance a montré un peigne copte en ivoire du IV ème siècle & un en os du V ème, ainsi que d’autres en ivoire du XII ème siècle  richement décorés. Ces derniers comportaient deux rangées de dents, les unes plus fines & serrées que les autres. Le décor est généralement gravé sur la partie centrale & sur les montants.
Pendant la première période du Moyen-Âge, le style byzantin domine dans l’ornementation des peignes. Constantinople en est le principal centre  de production.  Au XV ème siècle, les sujets & les devises dont les peignes sont ornés sont les mêmes que sur les miroirs. Pendant la Renaissance le style païen s’impose.
Au XVIII ème siècle on s’est servi de peignes de plomb pour s’ardoiser les cheveux.
Ces peignes servaient à coiffer mais aussi à éliminer les parasites.

Il semble que l’invention de cet outil a dès le début conjugué les deux usages. Beauté & hygiène s’y trouvaient rassemblées. Cette double fonction a perduré en occident jusqu’à l’invention de traitements contre les poux, libérant le peigne de ce soin.

 

¹: Cette histoire est extraite du catalogue de l’exposition « Chine & Japon à fleur de tête ».
La collection Olliveaud-Touzinaud,  dont les photos sont publiées avec son aimable autorisation, est visible sur le site http://www.creative-museum.com.